Plus que deux semaines!

Comme me le disait Thibaut, c’est étrange car tout nous semble devenu tellement ordinaire qu’on n’a plus vraiment l’impression d’avoir des choses à raconter, d’être en train de vivre à l’étranger. D’un autre côté, nos vies en Suisse nous manquent: notre famille, nos amis, notre maison, nos routines, … Pendant 3 mois, nous sommes sortis de nos zones de confort, par choix ou non car les enfants ont dû suivre. Les premiers temps ont été déstabilisants, puis est venue la découverte exaltante, alors que dernièrement le manque se fait sentir. En famille, on commence à compter les jours.

Les couleurs incroyables de l’automne québécois

Paradoxalement, c’est maintenant que mes observations sont les plus nombreuses et enrichissantes au niveau professionnel. Après avoir échangé avec les directions durant le mois de septembre, octobre me permet de découvrir le vécu des classes québécoises et d’assister à des séances d’équipes collaboratives. Mes échanges informels en salle des maitres avec les enseignantes et enseignants sont riches et j’essaie de m’accrocher dans les moments de discussions enflammées pour y comprendre quelque chose à travers leur québécois si imagé. Ce sont 6 écoles, de nombreuses classes et plusieurs communautés d’apprentissage professionnelles qui m’ont accueillie. En plus des classes primaires et secondaires ordinaires, j’ai visité ou je vais visiter les deux semaines à venir des classes d’enseignement spécialisé pour des élèves avec des troubles du comportement ou autistes, des écoles « sans murs » ou encore des classes flexibles.

J’ai commencé à rédiger un bilan de ce projet incroyable, de mettre sur le papier la richesse de ces échanges et de ces visites de classe. Mon premier constat est une belle fierté pour le travail des enseignantes et enseignants de Blonay – Saint-Légier, des enseignantes spécialisées, de notre équipe de direction: nous faisons tout aussi bien! Je rentre encore plus certaine que je l’étais de la qualité de notre travail et j’ose l’affirmer haut et fort car j’ai un océan de recul qui me permet de le dire.

Ce sont quantité de petits détails, pour la plupart culturels, que j’emmènerai dans mes bagages, comme cette bienveillance extrême dans la manière avec laquelle l’enseignant s’adresse à l’élève. Le positif est toujours renforcé. Ici pas de petits cailloux perdus, mais des récompenses pour valoriser un bon comportement. Pas de reproche, mais un rappel de la règle et une reconnaissance de son respect. Le cadre est très présent, les règles explicites, mais on prend le temps de les enseigner.

Rétroaction par l’enseignante dans une classe au travail.

Je sais que mes collègues des classes primaires, que je n’ai pas suffisamment pris le temps de visiter, pratiquent déjà la majorité de cette pédagogie positive. Cela m’a donné envie de pousser la porte des plus petits à mon retour. Je repars avec la certitude que dans les classes secondaires, nous avons beaucoup à apprendre de ce qui est fait avant.

Finalement, ce que je retiens aussi, c’est la confirmation des aspects positifs de la collaboration. Quand je vois des équipes soudées, qui fonctionnent si bien, cela me conforte dans mon hypothèse de départ: les équipes collaboratives ne sont pas une perte de temps. Mais c’est à la direction de faire en sorte que l’enseignant les vive comme tel. Et pour cela, on doit d’abord partager les mêmes valeurs. Se mettre d’accord sur la mission que nous aimerions nous fixer, construire ensemble une culture école ou du moins une vision d’équipe pédagogique avant de collaborer.

Je rentrerai dans deux semaines avec des valises chargées de souvenirs et d’apprentissages, tant personnels que professionnels et je suis infiniment reconnaissante d’avoir eu l’opportunité de vivre cela, mais aussi fière de m’en être donné les moyens.

Première journée d’observation

Voilà, j’ai enfin pu pousser les portes d’une école et observer le déroulement d’une journée ordinaire! Mélanie, enseignante expérimentée qui coach les jeunes enseignants et met en place du soutien pour les élèves en difficulté m’a servi de guide en me permettant de me faufiler dans plusieurs classes de l’école primaire internationale du Village à Aylmer, à Gatineau.

Son directeur, Simon, est la personne qui m’a mise en contact avec les directions des écoles dans lesquelles je vais me rendre et qui est la raison de mon installation à Gatineau en particulier. J’ai pu constaté lors de toutes les discussions avec les enseignant-e-s à quel point il était apprécié: dynamique, ouvert et leader, il a permis de développer en une année la collaboration entre les enseignants. Les discussions que j’ai déjà eues avec lui ont été très riches.

En classe, un constat me frappe immédiatement: les locaux sont plutôt vétustes, les salles sont petites mais l’ingéniosité rend le tout plus flexible. Par exemple, un deal avec le club de tennis permet de revêtir toutes les chaises et tables de balles usagées pour être facilement « ripées »: le travail de groupe en est facilité et le bruit diminué.

Plus de bureau devant: une table-haricot qui permet d’accueillir les élèves et de travailler en petit groupe. Plus de longues files pour les corrections 😊 et plus d’élèves qui attendent.

Partout, aux murs, les valeurs affichées: tu es formidable, bienveillance collaboration engagement, travailler ensemble,… Le renforcement positif est partout.

J’ai la chance d’assister à la mise en place de ce que Mélanie appelle un 30/30: 30 minutes de lecture et 30 minutes d’écriture. L’objectif ici est de faire apprendre aux élèves de 5e l’autonomie. Ils doivent préparer tout ce dont ils auront besoin pour ne plus avoir à se lever: eau, crayons, mouchoirs,… Et quand cela sonne, ils changent d’activité. Le tout dans un silence absolu. Mélanie peut observer la persévérance de chacun, leur capacité à rester dans la tâche 30 minutes. La mise en place de ce cadre de travail doit lui permettre ensuite de prendre un petit groupe d’élèves en difficultés pour travailler avec eux en classe dans de bonnes conditions.

C’est tellement vrai: penser à prendre le temps d’exercer la mise en place d’un cadre. Ne pas juste leur dire « travailler en silence » et crier « chuuuut » toutes les 5 minutes! Cela m’a donné l’envie d’aller passer du temps dans nos classes primaires. J’ai toujours été ébahie par le travail des enseignant-e-s de ces premières années qui doivent préparer le socle de l’entier de la scolarité. Et prendre le temps de le faire correctement, c’est précieux!

Une autre classe dans laquelle j’entre et la dynamique est à l’opposé. Ici, pas de calme et de routines, mais une énergie débordante et une enseignante qui guide avec brio les élèves vers une canalisation douce de leurs interventions. Avec une bienveillance et une patience inimaginable, elle les ramène à ce qu’elle veut atteindre. Les défis sont les mêmes: comment travailler l’attention? Et je pense que la réponse est toujours la même aussi: en prenant le temps de les accompagner.

A l’issue de cette journée, autour d’une bière dans une microbrasserie parce que j’avais eu la grande chance de tomber sur le jour où il faisait du « social », je me dis que si je fais l’impasse sur l’accent, ce que j’entends n’est pas différent de notre salle des maitres: « Je lance ça comme ça, mais comment je pourrais différencier avec mes trois élèves qui ont presque une année de retard et les 2 autres qui s’ennuie? » « On n’a pas assez de ressources pour gérer nos TSA! », … ça « chiale » sur les mêmes problèmes, ça « jase » sur les mêmes élèves! Je me réjouis de pousser bientôt les portes d’une école secondaire.

Nos ordinaires

Enrichissement – découvertes – aventures – émerveillement – extra-ordinaire – … Mais c’est aussi un ordinaire à construire, car il y a le travail scolaire sur lequel on ne peut faire l’impasse, sous peine de difficultés pour Thibaut et Lucie au retour.

Luge d’été à Camp Fortune, station de ski du parc de la Gatineau

Ah… les joies de l’école à la maison! Décidément, cette expérience me confirme une fois de plus que je ne comprends pas celles et ceux qui font ce choix. Dans le dernier numéro de « Sciences humaines », l’utilité de l’école est questionnée. Mais sa rédactrice en chef reprend les propos si pertinents de Daniel Pennac :  » Tout le mal qu’on dit de l’école nous cache le nombre d’enfants qu’elle a sauvé des tares, des préjugés, de la morgue, de l’ignorance, de la bêtise, de la cupidité, de l’immobilité ou du fatalisme des familles. » J’ai beau avoir quelques compétences pédagogiques, je suis vite complètement perdue face à l’ampleur de cette tâche et je ne peux qu’être d’accord avec Pennac: au-delà des connaissances scolaires, il y a tout ce que l’école apporte quant au vivre ensemble. Même si Thibaut a vécu plusieurs années scolaires très difficiles, cela lui manque ici. Avoir deux univers: scolaire et familial. Savoir quand cela commence… et cela s’arrête. Échanger – se confronter – s’enrichir de nos différences.

Je ne suis pas toujours d’accord avec l’Etat, mon grand employeur, et je peine à comprendre certaines décisions. Je vais démarrer en janvier un CAS en administration et gestion d’institutions de formation. Dans les premières semaines de ce voyage, je me questionnais sur mes capacités à suivre les décisions du département et à en être d’une manière ou d’une autre le relais sur le terrain. Aujourd’hui, je me dis que je crois suffisamment en la mission de l’école pour le faire, en respectant mes valeurs et mes convictions.

Mais ici, pour le moment, pour surmonter ces difficultés de mise en route et les coups de blues qui surviennent dans l’inaction et la déstabilisation, rien de tel que l’organisation!

Puis étude jusqu’à midi, avec une récré vers 10h30.

L’après-midi, c’est vélo et/ou visites. Ici, les villes d’Ottawa et Gatineau offrent la gratuité de tous les musées les jeudis en fin de journée. Nous avons déjà visité les plus importants et pu réfléchir à ceux dans lesquels les enfants veulent retourner avec Marc. Il faudra surtout prévoir un temps plus long (donc payant) pour celui des sciences et des technologies. Il y a tant à tester.

L’avantage de se déplacer à vélo, c’est la possibilité de traverser les différents quartiers de Gatineau et Ottawa. Les cours de géographie sur l’organisation des villes sont ainsi mis en pratique! Comme le disent les enfants, on a souvent l’impression de se retrouver dans les décors des séries qu’on regarde, et certains quartiers n’ont rien à envier à Desperate Housewives 🏘.

A chaque coin de rue, on peut guetter l’extra-« ordinaire » de notre nouvel environnement.

Un après-midi pour moi…

Mes parents m’ont fait un merveilleux cadeau aujourd’hui! Ils ont emmené les enfants au mini-golf 🤩. Me voilà libre pour l’après-midi pour la première fois depuis un mois, sans crainte qu’il ne m’arrive quelque chose si je pars et qu’ils se retrouvent seuls à la maison 🥳 ! J’ai alors choisi un itinéraire et me voilà partie!

⚠️ Pour ceux qui fatiguent déjà de photos de forêt, mieux vaut vous arrêter là.

Débutant de la maison en vélo par le sentier du Lac-des-Fées, je roule en direction du parc de la Gatineau. Je ne reste que 15 minutes en ville. Très vite, la piste cyclable prend ses distances avec la circulation routière.

Je rejoins alors une des entrées du parc et suit un moment sa route principale, la seule sur laquelle les voitures peuvent rouler, mais encore, de manière très limitée. L’été, elle n’est ouverte à la circulation routière que les mercredis, samedis et dimanches de 13h au coucher du soleil. Aujourd’hui, c’est donc sans aucune voiture que je l’emprunte jusqu’à ce que je rejoigne un plus petit sentier. Toujours goudronné, il se déroule dans la forêt.

Ce lundi 5 septembre, c’est la fête du travail au Québec, donc un jour férié. Je peux constater à quel point ce que j’avais lu sur l’importance du parc pour les habitants est vrai. Sans que ce soit l’invasion, je suis loin d’être seule sur les sentiers et de nombreuses personnes profitent des sentiers cyclables, des plus techniques pour le VTT ou de se balader.

Au bout d’une heure, je dépose mon vélo et je décide de continuer à pied pour suivre différents sentiers non goudronnés. A nouveau, ce sentiment d’être parfaitement à ma place et au bon moment m’envahit. Un plaisir immense, sans aucune pensée parasite, juste mes pas sur le chemin sablonneux, les écureuils qui me coupent la route ou siffle, comme pour attirer mon attention.

Puis la forêt change, mais reste aussi paisible et bienfaisante. Je suis un sentier officiel que je prolonge par différentes petites boucles.

Une heure plus tard, je retrouve mon vélo et je redescends, tellement plus sereine que durant la matinée d’école à la maison. Mais je suis aussi plus confiante face à ce choix que nous avons fait en contraignant les enfants. Je vois bien – et ils me le disent – que l’école leur manque. Ils ont dû rompre avec tout ce qui faisait leur équilibre et leur quotidien. Pourtant, après ces quelques heures en pleine nature, je suis persuadée que cette expérience sera fructueuse pour eux aussi. Ne serait-ce que pour aimer encore plus l’école à leur retour …

Je me réjouis infiniment que Marc nous rejoigne la semaine prochaine. Découvrir d’autres sentiers en famille est une perspective qui me fait du bien. J’ai aussi pu constater que sans voiture, on peut facilement aborder le parc et déjà largement en profiter. Quelques feuilles se colorent timidement et annoncent les prémices des flamboiements d’automne que j’attends impatiemment. Que de beaux moments en perspective!

Les forêts de Gatineau

J’avoue que si j’ai aimé visiter de grandes villes en amoureux, les déambulations citadines en famille ne sont pas mes moments favoris: « J’ai chaud!  » « On va où? », « C’est encore loin? ». Les seuls moments agréables dans les grandes agglomérations sont les visites de musées desquels je ne parviens que difficilement à extirper Thibaut une fois lancé. Par contre, je ne me lasserai jamais des forêts.

Ici, ce qu’elles ont de plus que les nôtres, c’est déjà l’accessibilité: si proche de notre logement, sans difficultés physiques, avec des sentiers très clairs et marqués.

Et puis l’eau: des ruisseaux, des rivières, des marais.

Mais aussi de la vie, de petits animaux – et des plus gros 🐻 😆 – , des oiseaux, des écureuils, une faune omniprésente.

Finalement, cette obligation de ralentir, de se fixer dans un lieu qui n’est pas le plus touristique qui soit, sans voiture devant la maison pour filer dans les highlights du secteur, impose un rythme différent et nous rappelle que ce sont souvent les choses simples qui sont de vraies découvertes.

J’apprends un peu plus chaque jour à quitter ma frénésie quotidienne, à laisser les enfants me dicter un déroulement moins actif des journées et à ne pas toujours penser à ce que je vais manquer, mais à me réjouir de l’ici et maintenant.

La forêt aide à cela. A peine les premiers mètres foulés, je me sens dans mon élément. Et pour cela, je ne pouvais trouver meilleure région. Nous ne pourrons certainement pas cocher tous les incontournables du Québec une fois rentrés, nombreux seront les surpris quand nous concéderons ne pas être allés à cet endroit malgré trois mois sur place, mais l’expérience n’en aura pas été moins riche pour autant.

L’herbe est toujours plus verte ailleurs…

Il y a deux jours je franchissais la troisième porte d’école québécoise et toujours ce même sentiment: j’ai tellement lu d’articles issus de chercheurs ou enseignants québécois que j’avais une image lumineuse de leur pédagogie. Je la voyais innovante, en mouvement, inclusive. J’imaginais des salles de classe flexibles, équipées de tableaux interactifs, avec divers affichages novateurs. Mais là, j’entre dans des bâtiments encore vides, vieux et souvent en piteux état. Les directrices et directeurs ou adjoint-e-s qui m’accueillent sont chaleureux, prêts à m’ouvrir leurs classes et je sais bien qu’une fois ces lieux remplis de vie, tout va changer.

« Une vieille école mais remplie d’amour… »

Lisa Châtillon, directrice de l’école primaire Jean-de-Brébeuf

Clairement, même nos bâtiments vétustes à Bahyse et ne répondant pas aux attentes d’une école moderne et innovante sont en meilleur état que certaines écoles ici.

Finalement, les défis restent les mêmes: comment soutenir aux mieux les élèves, les amener à la réussite avec les moyens et les réalités qui sont les nôtres.

Puis, le lendemain, j’ai enfin rencontré IRL Simon Beaudry, ancien directeur adjoint de l’école secondaire de l’Île, actuellement directeur de l’école primaire du Village, à Aylmer. C’est lui qui m’a mis en contact avec ses collègues. Nous passons presque 2 heures à échanger autour de la semaine de l’enseignant, de l’organisation administrative et de l’intégration de CAP dans l’un ou l’autre des systèmes. Lui aussi me propose de suivre une de ses enseignantes qui a des heures de décharge pour faire « du modelage d’intervention de 2e palier ». Comprenez: elle aide les enseignant-e-s à prendre en charge les élèves avec des difficultés d’apprentissage. « Modeler »… les enseignants? les pratiques? J’aime le québécois et ses expressions si imagées souvent! Que d’observations et découvertes qui se profilent 🤩!

Comme Alymer est à une heure de bus de notre lieu d’habitation, j’avais pris les enfants avec moi et nous en avons profité pour découvrir sa Marina… et tenter de diriger un canot. Pas facile d’aller droit!

Thibaut était aux anges de pouvoir faire connaissance avec les plantes marines locales et nous avons, malgré quelques détours et énervements 🙃, profité de ce bord de rivière.

Premières visites d’école

Dès cette deuxième semaine, j’ai pu avoir mes premiers rendez-vous dans les écoles qui ont été d’accord de m’accueillir. Pour les deux premières qui m’ont ouvertes leur porte, c’est déjà deux mondes très différents. Premières impressions:

Ecole secondaire de l’Île

D’entrée de jeu, je suis accueillie par un agent de sécurité. L’école est vide et semble en aménagement, comme la nôtre avant l’arrivée des enseignants et élèves. Grands couloirs vides, sans vie, bureau peu accueillants, nous n’avons vraiment rien à envier aux conditions de travail d’ici.

Par contre, l’accueil de Jean-François Charron Le Guerrier, directeur adjoint, est beaucoup plus chaleureux. Il avait préparé pour moi un dossier complet de la CAP qu’ils sont en train de démarrer en sciences et m’explique que dans leur école, ils en sont aux prémices. Quel chance pour moi! Il me propose de suivre le démarrage et quasi l’entier du déroulement de cette séquence d’apprentissage qui a été construite en communauté d’apprentissage professionnel. Je vais pouvoir rencontrer les enseignants et les suivre en classe. L’idée est la suivante: comment valoriser le travail collaboratif des enseignants avec comme objectif premier la réussite de tous les élèves. On parle résistance des enseignants, il évoque la nécessité de mettre les moyens à disposition. Il me parle aussi de ce qu’il a mis en place pour limiter l’absentéisme. Un très joli moment d’échange. Malheureusement je n’aurai plus l’occasion de le revoir, car il va donner un rein à son père et sera absent les deux mois à venir.

L’école du Lac-des-Fées

Changement de quartier et de cadre de travail pour rejoindre cette école primaire qui fait partie des 8 écoles pilotes du Québec pour la mise en place de ces CAP.

Partout hors et dans l’école sont affichés ses mots-clé. Martin Auger, directeur enthousiaste et motivé, me dit qu’il les répète à chaque séance avec les enseignants et à chaque rencontre avec les parents. La réussite de tous est au centre de leur travail.

Il m’annonce qu’il pourra prendre du temps pour moi, car conseiller et promouvoir le fonctionnement d’une école en CAP est un de ses mandats. Je vais pouvoir « être pairée » avec une enseignante pour la suivre. Nous évoquons à nouveau longuement les résistances.

« Pour que cela fonctionne, il faut développer la culture avant la structure. La culture n’est pas juste de bien s’entendre, mais il faut avoir un objectif commun et réfléchir ensemble au moyen de l’atteindre. Je passe mon temps à rappeler aux enseignants que ce ne sont pas « ses élèves », mais « nos élèves ». Il faut développer une responsabilisation d’équipe. La responsabilité individuelle est trop lourde à porter. Depuis une année, on n’a plus aucun burnout ici, plus d’arrêt maladie de ce type. J’ai commencé par contamination: on embarque les motivés, sur base volontaire. Puis quand on arrive à 90% de participation, alors on peut rendre obligatoire. « 

Martin Auger, directeur de l’école du Lac-des-Fées

A l’écouter parler, j’avais l’impression de m’entendre penser … Il évoque lui aussi la comparaison avec le monde médical et il a osé demander à ses équipes: « Qui a lu un article de pédagogie dernièrement? Est-ce que, sur une table d’opération, vous laisseriez le chirurgien vous endormir s’il avouait ne rien avoir lu depuis 2 ans car il en a pas besoin? »

En une heure d’entretien, les digressions ont été nombreuses, surtout après l’appel de Thibaut, seul à la maison avec Lucie, pour me dire qu’il était malade… La vie quotidienne à l’autre bout du monde. Un océan le sépare de sa forêt et de son papa. La chaleur humide et la vie citadine sont autant de différences à assimiler. Martin me donne des pistes de sorties à faire avec les enfants.

Lucie a fait ses premiers cookies, cela nous a permis de découvrir les conversions de mesure et de température!

On se réjouit beaucoup de l’arrivée de mes parents mercredi prochain. La vie québécoise s’organise, avec ses hauts et ses coups de blues. Mais la richesse et la grandeur de la nature présente à quelques coups de pédale sont des moteurs de bien-être qu’on se réjouit de continuer à explorer.

Le parc de la Gatineau

Depuis mon arrivée, les pieds me démangeaient… Je m’imaginais déjà, sac au dos, m’élancer sur les sentiers pour parcourir ce fameux parc, considéré comme le poumon vert de l’Outaouais. J’avais oublié les dimensions canadiennes… 361km2. Par chance, lors de mes recherches « bons plans » du soir – qui me permettent de trouver toutes les gratuités du coin, j’en parlerai bientôt – j’avais découvert le service de bus-navette gratuits les week-end. Dans ma grande ingénuité, j’avais pensé, comme pour les City-tour, pouvoir faire en une journée tous les arrêts pour un repérage en vue de l’arrivée de mes parents et des sentiers de rando sur lesquels je pourrai entrainer deux enfants ravis, motivés et souriants…

C’était sans compter les distances… de l’arrêt 2 (à 10 minutes à pied de chez nous) jusqu’au centre des visiteurs à l’autre bout, il faut compter 1h30 de bus. Nous nous sommes alors arrêtés au lac Pink.

Son nom ne pourrait pas être plus trompeur. Nommé ainsi en l’honneur des premiers propriétaires d’un droit de coupe sur ce territoire, il est vert émeraude (ou jade, le débat à ce propos a été nourri entre les enfants…). Cette couleur est due à des algues microscopiques. C’est magnifique, mais cela met en danger ce lac méromictique. En effet, en raison des falaises escarpées qui l’entourent et de sa forme de cuvette, les 7 derniers mètres de profond ne se mélangent jamais au reste et ne contiennent aucun oxygène. Le fameux brassage des lacs ne peut se faire.

La quantité importante de visiteurs avait accéléré ce processus par l’érosion, contribuant à nourrir les algues qui s’accaparaient tout l’oxygène. Le sentier construit a permis de ralentir ce phénomène.

C’est vraiment un lieu magnifique. D’une sérénité et d’un calme absolu – entre deux cris de touristes – .

Parce qu’on ne pouvait pas manquer cela, nous avons repris la navette en direction de la fameuse station de ski Camp Fortune. Un peu surpris en descendant du bus, et désarçonnés par l’organisation que nous avons mis un moment à comprendre, nous avons finalement pu nous élancer sur la piste de luge d’été.

Une petite nostalgie du Moléson, et forcément de la maison! J’ai presque récupéré Thibaut, surtout après qu’il ait enfin trouvé un Coca. Pas très en forme aujourd’hui et n’ayant quasi rien mangé, il doit avoir le contre-coup du voyage. Dans le bus du retour, alors qu’il s’était endormi, il a même rêvé d’un sandwich au salami et gruyère de la Neuve!

Cela ne l’a pas empêché de lire avec attention tous les panneaux explicatifs de la journée, avec un ton docte et professoral, facilitant ainsi la vie de sa soeur qui se fatigue vite en lecture. Ils font une belle équipe: l’une calcule tout ce qui doit l’être, alors que l’autre fait le lecteur.

Comme il nous restait du temps, en rentrant nous avons encore fait un arrêt à l’observatoire Champlain, du nom du lac qui recouvrait toute la région autour du parc de la Gatineau à la fonte des glaciers il y a 11’000 ans.

Je vous passe le cours d’histoire géologique, mais le joli sentier d’un peu plus d’un kilomètre a fini d’achever les enfants.

Les repérages ne sont pas complets, mais déjà bien démarrés. Je me réjouis infiniment de tester les sentiers plus longs cet automne. « Une marche par semaine les enfants », me suis-je enthousiasmée dans le bus. Ma proposition a raisonné dans le vide…

Trouver ses marques

Ça y est, c’est le week-end, bientôt une semaine qu’on est arrivés et on commence à bien trouver nos marques. J’arrive assez facilement à me repérer dans notre zone de la ville, assez pour renseigner les touristes qui m’arrêtent parfois (Il faut croire qu’avant de parler, je fais assez locale…).

Comme je l’ai déjà écrit, ce voyage est une sorte de thérapie « par immersion en bain glacé »! Je sais depuis longtemps déjà que je dois apprendre à ne rien faire, savoir ralentir, moins planifier et contrôler… Je m’étais dit que ce voyage m’en fournirait l’occasion parfaite! Mais j’ai surestimé mes capacités de sevrage… et j’ai oublié que les enfants, eux, ne souffraient pas de cette incapacité physique et mentale ☺️. « Tu sais maman, on peut très bien rentrer, et nous on reste tranquille à la maison et tu vas encore faire un tour, comme tu peux pas rester dedans. » La vérité sort toujours de la bouche des enfants parait-il!

Me voilà alors, après la journée à la plage, à chevaucher mon vélo pour rapidement traverser le pont qui relie Gatineau à la capitale, Ottawa.

Vue sur le Parlement depuis le pont Alexandra, côté Gatineau

Et là, c’est une autre vie qui se révèle. Très touristique, avec d’immenses bâtiments imposants et de belles promesses de découvertes.

Finalement, ces escapades en solitaire me permettront de repérer les lieux pour y retourner avec les enfants sans trop tourner en rond, tout le monde sera gagnant.

Peut-être que mon objectif de ralentir ne sera pas le premier atteint lors de ce voyage…

La liberté!

Finalement, eu égard à la durée de notre voyage, nous n’avions pas tant de bagages que cela ;-). Ce sont les jouets et livres des enfants qui remplissaient une bonne partie de nos valises, mais nous avons été raisonnables quant à la quantité d’habits, et j’ai même réussi à me limiter à trois paires de chaussures – dans la douleur, je dois l’avouer 😉 !

Par contre, il y a une chose qu’on a emportée: les casques de vélo! Lors de mes très nombreuses pérégrinations virtuelles sur GoogleMaps, j’avais repéré les toutes aussi nombreuses pistes cyclables et j’avais cru comprendre la facilité de se déplacer en deux roues. Ce n’était pas une vaine promesse!

Le réseau cyclable de Gatineau et Ottawa

Durant les deux premiers jours, j’ai fait les quelques ateliers de vélo du quartier. L’un a été très clair: « C’est pour des enfants? Non! je loue pas. » Puis j’ai vite compris que la location n’allait pas être possible. C’est finalement grâce à Facebook Market que j’ai trouvé André. Un autre trajet en bus plus tard, il nous ouvrait la porte de son garage rempli de bicyclettes: « Je remplis, je vends et je vais en rechercher. Si tu m’en prends 3, je te fais un bon prix ». Au fil de la conversation, on se rend compte une fois de plus à quel point les Canadiens détestent leur Premier Ministre. Tous ceux à qui ont a parlé en deux jours nous l’ont affirmé haut et fort, jusqu’au vendeur de pizza. André est tout aussi catégorique.

Quelques essayages plus tard, nous voilà partis sur ces fameuses pistes cyclables. Et quel bonheur! Quel sentiment de liberté! Pouvoir se déplacer librement et s’arrêter à chaque point de vue ou petit animal à observer!

Et puis, en rentrant, on profite de la piscine gratuite et ouverte à tous à 3 minutes de « notre maison », pour se rafraîchir et profiter des rayons du soleil. Tranquillement, on commence à s’adapter, trouver le rythme et prendre des habitudes qui font du bien. Les enfants repèrent toutes les balades qu’ils veulent montrer à leurs grands-parents dès leur arrivée dans 10 jours. Ce seront de vrais spécialistes de cette partie de la ville!

Ici, c’est un camion avec « bras arrosoir » arrose les plantes!