Comme me le disait Thibaut, c’est étrange car tout nous semble devenu tellement ordinaire qu’on n’a plus vraiment l’impression d’avoir des choses à raconter, d’être en train de vivre à l’étranger. D’un autre côté, nos vies en Suisse nous manquent: notre famille, nos amis, notre maison, nos routines, … Pendant 3 mois, nous sommes sortis de nos zones de confort, par choix ou non car les enfants ont dû suivre. Les premiers temps ont été déstabilisants, puis est venue la découverte exaltante, alors que dernièrement le manque se fait sentir. En famille, on commence à compter les jours.

Paradoxalement, c’est maintenant que mes observations sont les plus nombreuses et enrichissantes au niveau professionnel. Après avoir échangé avec les directions durant le mois de septembre, octobre me permet de découvrir le vécu des classes québécoises et d’assister à des séances d’équipes collaboratives. Mes échanges informels en salle des maitres avec les enseignantes et enseignants sont riches et j’essaie de m’accrocher dans les moments de discussions enflammées pour y comprendre quelque chose à travers leur québécois si imagé. Ce sont 6 écoles, de nombreuses classes et plusieurs communautés d’apprentissage professionnelles qui m’ont accueillie. En plus des classes primaires et secondaires ordinaires, j’ai visité ou je vais visiter les deux semaines à venir des classes d’enseignement spécialisé pour des élèves avec des troubles du comportement ou autistes, des écoles « sans murs » ou encore des classes flexibles.

J’ai commencé à rédiger un bilan de ce projet incroyable, de mettre sur le papier la richesse de ces échanges et de ces visites de classe. Mon premier constat est une belle fierté pour le travail des enseignantes et enseignants de Blonay – Saint-Légier, des enseignantes spécialisées, de notre équipe de direction: nous faisons tout aussi bien! Je rentre encore plus certaine que je l’étais de la qualité de notre travail et j’ose l’affirmer haut et fort car j’ai un océan de recul qui me permet de le dire.
Ce sont quantité de petits détails, pour la plupart culturels, que j’emmènerai dans mes bagages, comme cette bienveillance extrême dans la manière avec laquelle l’enseignant s’adresse à l’élève. Le positif est toujours renforcé. Ici pas de petits cailloux perdus, mais des récompenses pour valoriser un bon comportement. Pas de reproche, mais un rappel de la règle et une reconnaissance de son respect. Le cadre est très présent, les règles explicites, mais on prend le temps de les enseigner.
Je sais que mes collègues des classes primaires, que je n’ai pas suffisamment pris le temps de visiter, pratiquent déjà la majorité de cette pédagogie positive. Cela m’a donné envie de pousser la porte des plus petits à mon retour. Je repars avec la certitude que dans les classes secondaires, nous avons beaucoup à apprendre de ce qui est fait avant.

Finalement, ce que je retiens aussi, c’est la confirmation des aspects positifs de la collaboration. Quand je vois des équipes soudées, qui fonctionnent si bien, cela me conforte dans mon hypothèse de départ: les équipes collaboratives ne sont pas une perte de temps. Mais c’est à la direction de faire en sorte que l’enseignant les vive comme tel. Et pour cela, on doit d’abord partager les mêmes valeurs. Se mettre d’accord sur la mission que nous aimerions nous fixer, construire ensemble une culture école ou du moins une vision d’équipe pédagogique avant de collaborer.
Je rentrerai dans deux semaines avec des valises chargées de souvenirs et d’apprentissages, tant personnels que professionnels et je suis infiniment reconnaissante d’avoir eu l’opportunité de vivre cela, mais aussi fière de m’en être donné les moyens.




































































































