Voilà, j’ai enfin pu pousser les portes d’une école et observer le déroulement d’une journée ordinaire! Mélanie, enseignante expérimentée qui coach les jeunes enseignants et met en place du soutien pour les élèves en difficulté m’a servi de guide en me permettant de me faufiler dans plusieurs classes de l’école primaire internationale du Village à Aylmer, à Gatineau.
Son directeur, Simon, est la personne qui m’a mise en contact avec les directions des écoles dans lesquelles je vais me rendre et qui est la raison de mon installation à Gatineau en particulier. J’ai pu constaté lors de toutes les discussions avec les enseignant-e-s à quel point il était apprécié: dynamique, ouvert et leader, il a permis de développer en une année la collaboration entre les enseignants. Les discussions que j’ai déjà eues avec lui ont été très riches.
En classe, un constat me frappe immédiatement: les locaux sont plutôt vétustes, les salles sont petites mais l’ingéniosité rend le tout plus flexible. Par exemple, un deal avec le club de tennis permet de revêtir toutes les chaises et tables de balles usagées pour être facilement « ripées »: le travail de groupe en est facilité et le bruit diminué.
Plus de bureau devant: une table-haricot qui permet d’accueillir les élèves et de travailler en petit groupe. Plus de longues files pour les corrections 😊 et plus d’élèves qui attendent.
Partout, aux murs, les valeurs affichées: tu es formidable, bienveillance collaboration engagement, travailler ensemble,… Le renforcement positif est partout.
J’ai la chance d’assister à la mise en place de ce que Mélanie appelle un 30/30: 30 minutes de lecture et 30 minutes d’écriture. L’objectif ici est de faire apprendre aux élèves de 5e l’autonomie. Ils doivent préparer tout ce dont ils auront besoin pour ne plus avoir à se lever: eau, crayons, mouchoirs,… Et quand cela sonne, ils changent d’activité. Le tout dans un silence absolu. Mélanie peut observer la persévérance de chacun, leur capacité à rester dans la tâche 30 minutes. La mise en place de ce cadre de travail doit lui permettre ensuite de prendre un petit groupe d’élèves en difficultés pour travailler avec eux en classe dans de bonnes conditions.
C’est tellement vrai: penser à prendre le temps d’exercer la mise en place d’un cadre. Ne pas juste leur dire « travailler en silence » et crier « chuuuut » toutes les 5 minutes! Cela m’a donné l’envie d’aller passer du temps dans nos classes primaires. J’ai toujours été ébahie par le travail des enseignant-e-s de ces premières années qui doivent préparer le socle de l’entier de la scolarité. Et prendre le temps de le faire correctement, c’est précieux!
Une autre classe dans laquelle j’entre et la dynamique est à l’opposé. Ici, pas de calme et de routines, mais une énergie débordante et une enseignante qui guide avec brio les élèves vers une canalisation douce de leurs interventions. Avec une bienveillance et une patience inimaginable, elle les ramène à ce qu’elle veut atteindre. Les défis sont les mêmes: comment travailler l’attention? Et je pense que la réponse est toujours la même aussi: en prenant le temps de les accompagner.



A l’issue de cette journée, autour d’une bière dans une microbrasserie parce que j’avais eu la grande chance de tomber sur le jour où il faisait du « social », je me dis que si je fais l’impasse sur l’accent, ce que j’entends n’est pas différent de notre salle des maitres: « Je lance ça comme ça, mais comment je pourrais différencier avec mes trois élèves qui ont presque une année de retard et les 2 autres qui s’ennuie? » « On n’a pas assez de ressources pour gérer nos TSA! », … ça « chiale » sur les mêmes problèmes, ça « jase » sur les mêmes élèves! Je me réjouis de pousser bientôt les portes d’une école secondaire.




